De l'improvisation
Depuis septembre, tous les mercredis, de 18:30 à 20:00, je fais de la danse. Mercredi, 18:30, c’est un horaire assez infernal lorsqu’on a un enfant en bas-âge, mais quand ma professeur de Pilates a annoncé qu’elle ouvrait ce cours, vraiment, j’aurais pu déplacer la terre entière pour pouvoir y assister. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est un peu passé, puisque mon conjoint et moi avons, afin de nous consacrer tous les deux à une activité, décidé de profiter de cette aide miraculeuse (vraiment, parent.e.s, renseignez-vous) proposée par la CAF qu’on appelle : Le complément de libre choix du mode de garde. Ainsi, tous les mercredis soirs et un vendredi soir sur deux, I. vient garder notre petite fille, et nous sommes remboursé.e.s en très grande partie par la CAF de cette aide. Or, avant d’obtenir ce remboursement de droit, j’ai dû passer environ 25 coups de téléphone à la CAF. Le dossier n’était pas correctement traité. Nous avons failli abandonner, puisqu’il nous devenait tout simplement impossible d’avancer l’argent, mais miracle, une merveilleuse personne au bout du fil a trouvé la solution et a tout débloqué.
Je fais un aparté qui n’en est pas vraiment un, car c’est un sujet dont j’avais envie de parler et qui rejoins précisément ce que j’aimerais évoquer dans cette infolettre, je parle d’aide miraculeuse mais je suis tout à fait consciente de ce que peut signifier faire garder son enfant. Quand j’étais une personne sans enfant (et décidément pleine d’idées reçues), j’aimais fanfaronner que, moi, si j’en avais un, je n’hésiterais pas à le faire garder. Sous-entendu, je ne comprenais pas bien pourquoi les gens ne le faisaient pas plus. Tout d’abord, c’était être totalement ignorante du budget que ça peut demander. C’était aussi mésestimer combien ça pouvait être difficile de se séparer de son enfant. C’était aussi mésestimer la confiance immense qu’il faut avoir en la personne qui va s’en occuper. Mais aussi ignorer la réalité suivante : c’est aussi son enfant qui décide s’iel peut être gardé.e ou non. I. vient donc chez nous tous les mercredis soirs et un vendredi soir sur deux, et c’est encore un peu difficile pour ma fille. Elle apprécie I., lui fait des câlins, lui fait coucou par la fenêtre quand elle s’en va, mais le moment de la séparation est toujours difficile. Parfois, avec des grosses grosses larmes et je me sens toujours à la fois coupable et triste. La seule chose qui nous fait maintenir cette garde, c’est que I. nous dit toujours qu’une fois la porte refermée, ma fille s’amuse, rigole, et s’occupe avec elle. Quand nous revenons, Marthe est toujours contente. Plusieurs fois, nous avons évoqué le fait d’arrêter si Marthe se sentait trop mal pendant notre absence. Et mercredi dernier, miracle, il n’y a même pas eu de larmes. En même temps I. avait amené le jeu Croc’ Grenouille.
Et j’en arrive à mon point. Je crois que la maternité m’a appris exactement ceci : improviser.
Je me souviens très très bien, vraiment, je me souviens de ma tenue, de la place que j’occupais sur le lit à ce moment-là, j’étais enceinte de quelques mois, avoir dit à Quentin : quand on aura un bébé, ce sera la vie de maintenant, mais avec un bébé en plus. Je pensais réellement que j’allais pouvoir continuer à faire ce que je faisais, et emmener mon bébé partout avec moi, et ça me plaisait énormément comme idée et je n’ai même pas envie d’écrire, j’étais bien naïve. J’étais simplement moi avec ma vision du moment. Je pensais aux parent.e.s que je voyais et avais pu voir dans ma vie, depuis que mon ventre grossissait doucement, dehors, avec les poussettes, les portes-bébés. Les parent.e.s qui, le soir à 18:00, emmenaient joyeusement leurs enfant.e.s à l’apéro, qui se baladaient avec elleux l’air heureux, les enfants qui courent en maillots de bain sur la plage, qui mangent des glaces sur les petits murets, qui s’amusent entre elleux pendant que les adultes discutent. J’écoutais aussi mes propres parents qui disaient qu’ils nous emmenaient partout, et que nous nous endormions tranquillement, quel que soit l’endroit où on était. Et c’est vrai, j’ai ces souvenirs là d’enfance, les conversations des adultes qui me bercent, moi qui m’endors sur un canapé, mon père qui me porte dans la voiture pour rentrer, mon frère et moi qui avons le droit de jouer jusqu’à tard parce qu’il y a des invités à la maison.
Et puis j’ai eu mon enfant et mon enfant est mon enfant et j’ai très vite découvert que j’avais tout à découvrir d’elle, et qu’il y avait des choses que je n’allais pas pouvoir décider. Je déteste cette expression mais je vais l’utiliser pour que vous compreniez et ensuite étayer mon propos : jusqu’à il y a peu de temps, ma petite fille est une petite fille qui ne tient pas en place. Ma petite fille n’est pas une petite fille qui reste assise longtemps dans les restaurants. Ma petite fille est une petite fille qui a envie de courir partout. Ma petite fille n’aime pas attendre. Ma petite fille, dans le train, est la petite fille qui circule sans cesse dans les wagons, fait des allers-retours des centaines et des centaines de fois. Qui change d’idées d’activités très très vite. Qu’il faut surveiller beaucoup car elle court sans regarder s’il y a des voitures, des vélos qui pourraient passer. Ma petite fille est une petite fille qui parfois crie : “Je suis folle de joie” ou “On est folles de joie” quand elle se met à courir avec ses amies. Oui, ma petite fille est une petite fille folle de joie et ça, ça me rend très très heureuse, et elle a une personnalité qui va avec ça. Ma petite fille est une petite fille qui n’a pas beaucoup de mal à dire non, et quand elle n’a pas envie, elle n’a pas envie. Tout ceci fait que j’ai très vite découvert donc que je n’allais pas rester des heures à boire l’apéro tranquille avec les autres adultes, pendant que ma petite fille jouerait sagement avec ses petits jouets à côté de moi. Quand elle était bébé, elle n’a jamais jamais supporté le porte-bébé. Elle n’a jamais voulu rester tout contre moi. Je me souviens d’une fois, m’acharnant à vouloir être cette image de la mère qui promène son bébé partout, je l’avais installée dans une ultime tentative dans ce porte-bébé qu’on commençait à avoir toutes les deux en horreur, et j’avais décidé d’aller choisir des livres. Résultat : j’ai failli sortir en pleurs de la librairie, tant elle, elle pleurait et se débattait. J’avais fait tomber une pile, je n’avais rien pu regarder, et c’était nous que tout le monde regardait. Je me souviens de fois dans des cafés où des personnes me parlent et je suis incapable de suivre une seule conversation parce que je vois ma petite fille courir dans tous les sens et la perdre de vue. Je me souviens partir d’endroits parce que ma petite fille n’a tout simplement pas envie d’être là et que dans ces cas-là, elle me fait le fait comprendre.
Combien de fois, déjà, j’ai pensé que j’avais raté quelque chose. Combien de fois j’ai regardé des stories sur Instagram de personnes qui emmenaient leurs enfants absolument partout, où tout semblait absolument bien se passer. Combien de fois, j’ai ensuite pensé, Alice ce ne sont que des images. Combien de fois, j’ai détesté les regards des gens. Combien de fois, j’ai eu envie de sauter à la gorge des personnes qui me disaient “bah emmène ta fille, pourquoi tu peux pas, moi tu sais mes enfants je les emmène partout”. Et puis, ça fait cinq ans que mon soleil est né et ça n’a pas été facile mais un jour j’ai compris que ça ne servait à rien de vouloir correspondre à un modèle, que ça ne servait à rien de lui demander de “rester en place”, d’être “sage”. J’ai aussi compris à quel point je me retrouvais dans des endroits absolument pas adaptés aux enfants. J’ai vraiment commencé à prendre en horreur les grimaces de celleux qui ne peuvent pas supporter le bruit d’un enfant.
Et j’ai improvisé. Je me suis adaptée. J’ai fait avec les envies, les besoins de ma petite fille. Et oui, je suis moins sortie. Ou je suis sortie seule, pendant que mon conjoint s’occupait d’elle. J’ai essayé de faire des choses qui lui demandaient moins d’attendre. J’ai privilégié les grandes balades où on peut se défouler, les endroits où on peut causer sans cesse sans déranger, les endroits où on peut courir et être folles de joie, sans qu’on nous regarde mal. J’ai accepté qu’elle ne corresponde pas à une image que moi j’avais fabriquée. Une image qui m’arrangeait bien et qui arrangeait surtout les autres. On m’a dit tellement de fois “Elle est dynamique ta fille”, sans que je sache si c’était un compliment ou un reproche. On m’a dit tellement, tellement, de fois : “Hé bah dis-donc, elle parle beaucoup”. La même chose. Elle parle beaucoup, oui, et ? Un jour, j’ai décidé de le prendre comme un compliment. Et plus comme une honte qui me collait aux basques, qui aurait dû lui coller aux basques, comme si être dynamique, ne pas vouloir attendre, s’impatienter, parler, exprimer sa joie, c’était vraiment un défaut d’éducation, une manière mauvaise que j’aurais eu de l’élever, et une mauvaise manière de se comporter. Une petite fille c’est sage, non ? Une petite fille, ça suit sans trop poser de questions ? Une fille, ça se tait, non ? Une fille, ça se tient bien, ça TIENT BIEN EN PLACE.
J’étais une petite fille qui tenait bien en place. Voir ma petite fille naître et être tout le contraire de moi, ça demande beaucoup de choses en soi. Aujourd’hui, ma petite fille et moi on peut s’installer au café et y passer de longues minutes à discuter. On peut rester dehors longtemps, avec des ami.e.s à elle, elle en train de jouer avec elleux, nous en train de discuter avec les parent.e.s. On peut s’installer dans notre crêperie préférée, commander un sirop de violette, et manger à table. Elle peut s’asseoir le temps que je lui lise un livre, dans un autre endroit que son propre lit. Mais je refuse de considérer que c’est une “victoire”. Oui, c’est plus agréable parfois. Mais je sens combien c’est aussi une injonction totalement intériorisée et combien ça me renvoie en permanence à ce que les autres pourraient penser de moi, de ma fille, de nous. Si ma fille se “comporte bien”, alors les gens sont contents. J’ai récemment fait un voyage avec elle, toutes les deux, et moi-même je ne cesse de raconter combien elle a été “sage”. À savoir, nous avons pu aller au musée, nous avons pu manger dehors, prendre le métro, voir des ami.e.s. Et dans le train pour Paris, ma petite fille est restée assise pratiquement toutes les quatre heures passées dedans. À la fin du trajet, une dame m’a félicitée “Dis-donc, qu’est-ce qu’elle est sage. Bravo !” Et moi, j’ai ressenti de la fierté et puis ça m’a énervée. Si ma petite fille avait pleuré ? Si elle avait été impatiente ? Si elle avait voulu se lever, courir ? On m’aurait blâmée ? On m’aurait dit : “Et bien dis-donc je ne vous félicite pas” ? Evidemment, je pense à la SNCF, à ce wagon sans enfant, et je suis encore plus énervée. Je pense aussi à combien nous-mêmes, on se retient, dans certains comportements. Combien j’ai appris à ne pas trop en dire, à bien réfléchir à deux fois (à vingt fois) avant de prendre la parole, à quel point on ne sait pas faire quand quelqu’un.e exprime sa peine, son désarroi. Combien on peut repousser les sentiments.
Je crois que c’est la chose qui me met le plus inconfortable dans ma maternité mais aussi, je le vois, la chose qui me bouscule le plus. Et je crois qu’être bousculée, c’est une joie. Ma petite fille ne correspond pas à certaines attentes, ne correspond pas à certaines de mes propres attentes, c’est sa personnalité, c’est sa manière d’être et c’est moi qui dois m’adapter, pas tout le temps elle. Bien sûr que je veux lui donner un cadre, lui permettre d’être bien en société, et c’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer, mais je ne veux pas la contraindre parce que les gens qui parleraient trop fort, qui exprimeraient trop leurs joies, leurs tristesses, seraient des gens inadapté.e.s. Je ne veux pas qu’elle grandisse en pensant ça, ça me terrifie totalement. Je veux qu’elle continue à être folle de joie.
Si j’ai parlé de la danse au tout début de cette infolettre, c’est parce qu’il y a un lien. Plusieurs liens, même. Quand j’étais enfant, j’ai fait de la danse, puis adolescente, et même jeune adulte. Donc pendant de très nombreuses années. J’en ai déjà parlé mais ma professeure de danse, de mes 5 ans à mon adolescence, m’a traumatisée, a été maltraitante et je pense que l’adulte que je suis devenue est totalement empreinte de ces années-là. J’en suis même sûre. On était à l’apogée de la petite fille sage, qui ne devait surtout pas trop parler, surtout pas devenir grosse, et qui devait se tenir bien dans le rang, être performante, la meilleure. Je n’ai d’ailleurs pas parlé. J’ai subi des humiliations toutes les semaines, pendant des années, jusqu’au jour où je ne m’alimentais plus et n’arrivais plus à me lever. J’avais 15 ans ou 16 ans, et un dimanche matin, pour mon quatrième cours de danse de la semaine, je suis allée voir Anne, ma professeure, et je lui ai dit que je ne reviendrai plus jamais, que je ne pouvais plus être traitée comme ça. Elle m’a regardée droit dans les yeux et m’a dit “Je savais que tu avais toujours été une lâche”. Je n’ai rien répondu et je suis sortie de la salle en claquant la porte. Je suis aussi empreinte de ceci : de cet acte-là que j’ai réussi à faire. Tremblante, au bord de vomir, mais je l’ai fait. J’ai longtemps porté la phrase de Anne avec moi, et un jour j’ai compris que ce dont elle parlait, c’était plutôt de mon courage.
Je n’ai pas pu faire de danse ensuite pendant des années, rien que de voir une salle de cours me donnait des angoisses. Et puis, arrivée à Douarnenez, j’ai découvert un cours de Pilates. J’en fais depuis la naissance de Marthe, en ligne, avec une merveilleuse personne qui m’a réconciliée avec le sport, qui s’appelle Julie Pujols, et j’avais très envie de compléter avec un cours en présentiel. J’ai rencontré P., j’ai adoré son cours de Pilates, c’est mon petit bonheur de tous les mardis matins. J’y vais en vélo, je passe voir la mer avant, je cours à mon cours et pendant une heure, je suis bien. Dans une salle, avec d’autres personnes, où personne n’est humilié.
Et un jour P., professeure également de danse, nous a annoncé qu’elle ouvrait un cours de Modern’jazz. Et comme je le disais aussi plus haut, j’ai tout fait pour pouvoir m’y inscrire. La veille du premier cours, j’étais à la fois excitée et un peu tremblante. Et puis le cours s’est déroulé, j’ai manqué de pleurer plusieurs fois d’émotion, de pouvoir reprendre la danse, de pouvoir me sentir bien, de ne pas avoir peur chaque seconde ce que je ferais et des regards des autres. Anne, très souvent, nous demandait de danser seule, quand elle remarquait que l’on n’avait pas bien retenu la chorégraphie. Toutes les autres devaient s’asseoir et l’humiliation commençait : toi, seule, au milieu de l’immense salle de cours, la musique qui tourne, ton incapacité totale de toute façon à te remémorer les pas puisque tu as tellement peur, et tu pleures et tu pleures, et Anne crie, et Anne te dit que tu es nulle, bonne à rien, que dans ta vie tu ne feras rien si c’est comme ça que tu travailles. Et recommence, recommence, on te regarde, vous voyez les autres comme elle est nulle ? Est-ce que c’est comme ça qu’on va pouvoir montrer quelque chose à vos parents à la fin de l’année ? En l’écrivant, j’ai envie de me crier de sortir, de ne pas accepter ça, encore et encore.
Je n’ai manqué aucun cours de danse de P., sauf à cause d’une satanée grippe, et chaque mercredi c’est comme prendre une revanche.
Un soir, à la veille de vacances, P. nous a demandé, à partir d’une chorégraphie que nous connaissions déjà, d’improviser. Quand elle a prononcé le mot, j’ai frémis, c’est vraiment la chose qui me fait le plus peur en danse. J’ai instantanément l’impression que je vais avoir l’air ridicule, que je ne vais pas savoir placer mes mains, mes bras. Et que faire de tout ce corps dans tout cet espace ? Moi, il me faut des plans, un modèle, une image. Que quelqu’un.e me montre. Que quelqu’un.e valide. Me dise que c’est bien, félicitations, dis-donc, vous êtes très sage.
P. a mis la musique et j’y suis allée. C’était difficile, inconfortable, mais à quelques moments, j’ai senti mon corps se laisser tranquille, je me suis sentie emportée par la musique, j’ai improvisé, j’ai réussi.
Et je fais ce lien, depuis des mois dans ma tête, entre ma maternité et la danse, à tout ce que ça me demande de lâcher, à tout ce que ça me demande de remettre en cause, de regarder à nouveau. J’ai pensé au corps de ma petite fille, qui ne se laisse pas dompter, qui me rappelle sans cesse que je dois lui demander l’autorisation quand je la mets en pyjama, qui dernièrement chez le médecin a refusé qu’on lui fasse un geste, a insisté pour que non. Et nous les adultes, nous avons dit d’accord, et bien nous ne le faisons pas. Je pense à ma petite fille qui dit non, qui refuse de faire des bisous, des câlins quand elle n’en a pas envie, qui prend soin des gens qu’elle aime comme je ne l’ai jamais vu faire avant elle, qui peut passer une semaine entière à préparer un cadeau pour l’anniversaire de sa meilleure amie, qui me caresse les joues quand je suis malade et murmure, ça va aller maman, ça va aller.
Chaque matin, je me lève, et je ne sais pas comment sera ma petite fille, de bonne humeur, de mauvaise humeur, fatiguée, folle de joie, ce qu’elle aura envie de faire, si ce sera difficile d’aller à l’école, pas difficile, si le soir elle m’écoutera, ne m’écoutera pas. C’est de l’improvisation tous les jours, et parfois c’est rude, rude, et parfois ça fonctionne, parfois j’accepte de lâcher, j’y vais, je la suis, et je cours avec elle. Mais que ce soit rude ou facile, je sais à quel point ça change ma vie, à quel point ça me change, à quel point ça bouscule absolument tout. C’est si grand de vivre avec un être qui vous montre chaque jour ce que c’est, d’avoir des émotions et de les exprimer. Je ne veux jamais, jamais, qu’elle perde ça. Je veux qu’elle puisse sortir d’une salle, à la première seconde où elle se sentirait humiliée. Je veux qu’elle ignore les gens qui râlent parce qu’elle fait trop de bruit. Je veux qu’elle continue à être folle de joie et que toutes les deux, sur la musique, on improvise encore et encore.
photo : Quentin Dève <3



Coucou Alice,
Merci pour ce texte qui résonne de plein de façons ! Même genre d’enfant pour commencer (mais il a grandi et c’est un peu différent maintenant, tellement plus facile) et donc même malaise pendant longtemps à l’idée de ne pas l’emporter partout dans mes activités d’adultes car c’était tout bonnement épuisant pour lui comme pour moi, on est même très peu partis en vacances (a l’exception de chez les grands parents) pendant les 7 ou 8 premières années parce que c’était beaucoup trop de fatigue pour tout le monde.
Et puis la danse bien sûr, mon sujet préféré 😁 Ohlala, la danse retrouvée adulte, post parentalité c’est quelque chose d’incroyable je crois, une liberté dérobée très puissante, une grande manière de se réconcilier avec soi. C’est drôle en te lisant je me disais que je me répétais depuis longtemps que de ne pas avoir fait de danse enfant m’avait protégée des profs maltraitant·es, mais en réalité il y a eu la gym et la même genre de profe, le solfège et le même genre de prof, la clarinette et le même genre de prof (moi aussi chaque fois je suis partie). C’est terrible combien il est admis partout que l’apprentissage nécessite de la douleur et de la mal traitance. Je me souviens aussi de ma colère devant le film Whiplash qui loue la nécessité de cette violence. Tellement de travail encore…
Tellement beau ! Merci mille fois. Ma petite fille ressemble beaucoup à ta petite fille, et je crois que je n’avais lu de mots si justes posés dessus. Sur toute cette fougue, cette liberté, cette énergie de vie. C’est très beau, et c’est très dur aussi parfois je trouve, en tant que mère, de suivre, d’accompagner, parfois de subir ça aussi. Mais ça reste une chance et tu le dis si bien. Merci du fond du cœur.
À nos enfants-trésors…